
Nous vivions dans un pays d’été de Lydia Millet est le livre qui m’a sortie de la torpeur dans laquelle je m’étais enfoncée depuis qu’un drame avait frappé l’un des miens.
Depuis ce mardi de mars, plus rien n’avait été comme avant. Le monde me paraissait plus dangereux et plus beau à la fois, la vie plus fragile, les contingences tristement matérielles.
Je ne parvenais plus à lire – comme c’est souvent le cas lorsque le traumatisme survient.
Je ne parvenais plus à rien. Je laissais tomber les livres les uns après les autres, avec le sentiment de ne plus comprendre grand chose à la vie. Pas une étincelle ne réussissait à éclairer mon chemin. Et puis Nous vivions dans un pays d’été est entré dans mon quotidien.
Et la possibilité de lire est revenue.
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Une grande maison de vacances au bord d’un lac. Cet été-là, cette maison est le domaine de douze adolescents à la maturité étonnante et de leurs parents qui passent leurs journées dans une torpeur où se mêlent alcool, drogue et sexe. Lorsqu’une tempête s’abat sur la région et que le pays plonge dans le chaos, les enfants – dont Eve, la narratrice – décident de prendre les choses en main. Ils quittent la maison, emmenant les plus jeunes et laissent derrière eux ces parents apathiques qu’ils méprisent et dont l’inaction les exaspère autant qu’elle les effraie.
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J’ai d’abord été émerveillée par le ton qui portait ce roman, son irrévérence, sa drôlerie. Je me suis enthousiasmée pour cette troupe de jeunes courageux.ses et sans reproches, ces êtres sensibles et intelligents. J’aimais la pureté de leur regard sur le monde face à la bêtise de celui de leurs parents. Il y avait quelque chose de profondément original et de terriblement frais. J’ai dévoré la première moitié du livre avec la fringale de l’affamée que la lecture avait désertée.
Mais – et est-ce parce que la douleur s’est à nouveau insinuée dans ma vie? – j’ai soudain perdu le fil. L’histoire m’a alors parue tirée par les cheveux, tarabiscotés en diable, torturée même. J’ai eu l’impression que trop de choses y avaient été mises, sans avoir réellement été interrogées. Je ne comprenais à nouveau plus rien, flottant dans un marasme de personnages aussi foutraques que peu attachants.
Ce livre, je l’ai lu dans son édition de poche. Mais lorsque j’ai cherché sur internet (pour la publication de ce post) une photo de la couverture du grand format qu’il avait été, j’ai soudain compris. Ce livre avait été édité aux Escales – une maison d’édition dont tous les romans sans exception que j’avais fait miens m’étaient littéralement tombés des mains. Etait-ce un hasard de plus? Ou la validation du fait que les histoires que cette maisons donnait à lire n’étaient vraiment pas pour moi? Probablement beaucoup des deux.
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